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Rencontre avec MC Solaar, l’As de Trèfle au retour couronné

Fraîchement récompensé aux Victoires de la Musique dans la catégorie « Meilleur album de chanson » pour Géopoétique, son dernier album, MC Solaar a fait un retour remarquable et remarqué sur la scène française. Nous avons eu le plaisir d’échanger avec cet immense artiste dont la bienveillance et la bonne humeur sont communicatives. Entretien en toute simplicité.

Félicitations pour votre Victoire de la Musique !

MC Solaar : Merci ! J’étais super content, j’ai passé une très bonne soirée, en retrouvant des anciens, mais aussi des nouveaux. C’était comme si la profession me disait « welcome back* », j’étais très content. 

Après les 10 années que vous avez prises pour vous, pour faire autre chose et « vivre normalement », qu’est-ce qui vous a poussé à reprendre la plume et le chemin du studio ?

MC Solaar : Au bout d’un moment, j’ai ressenti un vrai manque. J’allais voir des concerts partout, surtout en Belgique, et j’avais la chance d’être en back stage. L’ambiance me manquait, j’avais envie d’y retourner. Et dans le même temps deux producteurs m’ont dit « Mais qu’est-ce que tu fais ? Reviens ! » et je me suis rendu compte que je voulais retrouver ce truc-là, j’avais l’impression de rater des choses. 

Le morceau EKSASSAUTE est-il ainsi une façon de dire aux gens de ne pas oublier de vivre, malgré le rythme imposé par la société dans laquelle nous vivons ?

MC Solaar : C’est exactement ça : quelques fois, on a des œillères, ou des choses que l’on rejette parce que l’on a d’autres objectifs et j’ai voulu dire aux gens : n’oubliez pas les trucs superflus, comme souhaiter les anniversaires ou penser aux petites choses qui font plaisir dans le quotidien. Ce morceau est aussi né parce qu’on a vécu des choses difficiles en France. Il veut dire carpe diem, n’oubliez pas les choses superflues car elles sont essentielles.

Avez-vous éprouvé une certaine appréhension en revenant après plusieurs années ?

MC Solaar : Oui, j’avais une appréhension car tout avait changé. Notamment au niveau de la musique elle-même. Quand je suis parti, j’étais encore habitué aux CD, aux trucs comme ça. C’est quand même beaucoup 10 ans, et du coup j’avais très peur. D’un autre côté, beaucoup de gens me tapaient sur l’épaule en me disant « Qu’est-ce tu fous ? ».

Quand on a un univers et une plume comme les vôtres, est-ce que l’on ne se sent pas un peu en marge de ce que font les autres ?

MC Solaar : J’y pensais ce matin, et c’est vrai que l’on se sent un peu en marge. J’ai un cahier des charges minimum : c’est-à- dire faire en peu en qualité et, oui, on est en décalage. Mais je me rappelle avoir travaillé avec plein de gens notamment à Philadelphie et NY, et à chaque fois ce qu’ils aimaient bien, c’était cette différence. Je l’ai gardée. Dès que l’on commence à faire de la musique, on essaie d’être à côté du cercle, juste à côté, comme ça on peut écouter ce que l’on fait et on fait une différence. Certains le font. Je pense notamment à Eddy de Pretto ou Soprano. L’identité est ce qui crée le truc un peu différent. Mais c’est aussi à double tranchant.

Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de rappeurs ?

MC Solaar : Je n’aime que ceux qui ont une vraie identité. Je peux ajouter aux deux précédents Big Flo et Oli, et Orelsan. Ils ont des identités et ils ont des histoires à raconter. 

Sur votre album, on trouve le titre Les Mirabelles, une chanson sur la guerre de 1914 - 1918 : on ne s’y attend pas forcément. D’où vous est venue cette idée ?

MC Solaar : Il y a longtemps, je discutais avec une Américaine, une grand-mère, et notre discussion tournait autour de la guerre de 1914 et du jazz. Et trois jours après, j’avais rendez-vous au studio et l’idée venait. C’était il y a longtemps. Tout ce que j’ai appris à l’école m’est revenu lors de l’écriture de ce titre !

Aucun parallélisme avec les attentats ?

MC Solaar : Non. Le morceau qui est un peu imprégné des attentats, c’est On se lève.

Dans Sonotone vous abordez le thème de la vieillesse : comment regardez-vous le temps qui passe ?

MC Solaar : Je vis les choses plutôt bien, je ne le sens pas encore ! Je pense que c’est le métier qui veut ça, aussi. Cela laisse toujours place à la fantaisie. Dans la chanson, je voulais entrer dans un personnage, mais en écrivant, cela m’a posé des questions, bien sûr. Et puis, comme je suis plutôt dans le combat, j’arrête de me questionner et j’y retourne !

Dans Super Gainsbarre, vous rendez un hommage à Serge Gainsbourg. Aviez-vous envie de le faire depuis longtemps ? Pourquoi maintenant ?

MC Solaar : J’y ai pensé pendant longtemps, pendant mon absence. J’ai fait une espèce de bilan. Souvent on fait des éloges panégyriques de patrons de cartel, genre Al Capone. J’ai aimé l’exercice mais je voulais le faire avec quelqu’un de positif, mais qui restait un gangster. Cela me trottait dans la tête depuis 2011. Les musiciens qui sont venus aimaient tous Gainsbourg, ils ont fait leur sauce et moi j’ai écrit un peu à sa façon. Cela faisait longtemps que je voulais le faire. On m’a associé à lui à un moment donné, il y a longtemps, et c’est super que l’on m’ait fait ça car je me suis dit « il faut que je m’applique » et cela m’a servi.

Si un titre vous tenait particulièrement à cœur sur cet album, ce serait lequel et pourquoi ?

MC Solaar : Ce serait Frozen Fire parce que c’est un titre de partage. Des musiciens et une chanteuse, Julia Brite, sont venus. J’aime ce morceau pour le partage, et parce qu’il est jazz. Et pour le soleil, je dirais AIWA, ou Pili-Pili parce que c’est plus léger.

Est-ce que, lorsque l’on a une carrière comme la vôtre, couronnée de récompenses et de succès, on a encore un grand rêve ?

MC Solaar : Ce que j’aimerais, c’est apprendre quelque chose. Pas forcément pour le faire, mais pour l’apprendre. La mise en scène, la scénographie, les trucs pour faire du cinéma. Apprendre des tas de choses dans un autre domaine qui pourraient me servir à écrire différemment.

Un mot sur votre actu ?

MC Solaar : Je vais préparer la tournée, d’abord des festivals, puis une tournée qui commence au mois de novembre. Dans les cinq jours qui viennent, je vais réunir mes idées et voir si tout peut être réalisable. Je vais aussi tourner un clip, celui de AIWA. Il y a aussi Bô – Le Voyage Musical de Catherine Lara, sur lequel j’ai collaboré, qui se joue au Théâtre le 13 e Art en ce moment. C’est du rêve, un spectacle qui parle d’ailleurs et d’ici, avec des arts comme le funambulisme. Une rêverie à laquelle je suis très heureux d’avoir participé.

Vous ne reposerez plus la plume aussi longtemps ?

MC Solaar : Non ! Le 10 mars (ndlr : nous sommes le 5 mars), je retourne en studio avec mon stylo. Et j’irai régulièrement !

Un grand merci à MC Solaar.

Vous en voulez encore ? Retrouvez le clip du dernier titre de Mc Solaar :

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