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La rêvolution d’IAM, interview

IAM  Didier Deroin

On l’attendait depuis presque quatre ans : le 8ème opus d’IAM, Rêvolution, est enfin disponible. A cette occasion, nous nous sommes entretenus avec Shurik'N. Questions à un grand monsieur du rap français.

À près de 30 ans de carrière, vous fêtez les 20 ans de votre album culte L’Ecole du micro d’argent, et pour moi qui vous ai découverts à ce moment-là, ces textes sont toujours d’actualité, si ce n’est plus. Qu’en pensez-vous ?

Shurik'N : On le déplore ! Même si c’est vrai que cela peut avoir un côté gratifiant, dans l’autre sens, on se dit qu’en 20 ans la société n’a pas vraiment changé. C’est déplorable avant tout.

A vos débuts, vous avez été influencés par les Etats-Unis ; aujourd’hui, c’est vous qui êtes une source d’inspiration pour de nombreux jeunes artistes. Quel regard posez-vous sur cela ?

Shurik'N : On ne s’en rend pas compte. On n’est pas trop du genre à regarder sur le côté pour voir si le chemin est tortueux ou droit. C’est plutôt quand on rencontre les gens et que l’on discute avec eux que l’on se rend compte de l’impact que l’on a pu avoir. Mais ce n’est pas du tout quelque chose que l’on contrôle. On fait le rap qu’on aime, il reste très loyal. Nous avons la vision d’une certaine culture hip-hop, et dans cette culture, les critères musicaux sont autres que ceux que le rap connaît en ce moment. A l’époque, l’auditoire était très critique : il fallait le bon placement rythmique, le bon phrasé, la bonne métaphore… Aujourd’hui, les critères ont changé. On est plus dans des critères de gimmicks, de rythme. Il y a eu une évolution du rap, de notre musique, et c’est normal que les générations arrivantes se soient greffées à la musique pop. Le rap est devenu la nouvelle variété, il n’y a qu’à regarder les charts*. C’est une variété empreinte de hip-hop, de soul, de reggae.

Couverture de l'album Rêvolution

Le message véhiculé par les textes perd-il pour autant de sa puissance ?

Shurik'N : Il n’a pas toujours le même impact. Mais dans notre musique, même si les sons peuvent être très festifs, le message reste au premier plan et ce, depuis le départ ; nous avions compris que nous avions des choses à dire à travers notre musique et nous utilisons la langue française dans le plus large éventail possible. Dans le rap d’aujourd’hui, c’est vrai qu’il n’y a pas vraiment cette « tradition ». Cela dit, le rap reste la seule musique qui a donné, et peut donner, aux jeunes l’envie d’écrire. Cela a été le cas pour moi. Et ce rôle d’ouverture vers l’écriture, nous comptons bien contribuer à ce qu’il soit maintenu. C’est pour cela que nous continuerons avec ce niveau d’exigence.

Il y a 20 ans – et même 30 ans ! –, auriez-vous imaginé que vous vous retrouveriez ainsi inscrits dans l’histoire de la musique française ?

Shurik'N : Mais pas une seconde ! On voulait juste faire un album ! On voulait faire de la musique, écrire, faire de bons morceaux. Si tu nous avais dit ça à l’époque, on aurait été les premiers à te dire que tu faisais erreur. D’ailleurs, on ne pensait même pas que le rap prendrait un tel essor.

Fidèles à votre amour de la langue française et à vos textes qui véhiculent une vraie réflexion sur la vie, vous avez intitulé votre nouvel album Rêvolution. Une bien belle contraction. Pouvez-vous nous éclairer sur le sens que vous donnez à ce titre ?

Shurik'N : Rêvolution a de multiples sens. Pour nous, c’est de continuer à rêver d’évolution, et, en même temps, le rêve est nécessaire pour une certaine évolution. Le rêve est à la base de l’histoire d’IAM, tout comme il est à la base de la construction et de l’avenir d’un enfant : il faut rêver ! Si on ne l’avait pas fait, on n’aurait pas la belle vie que l’on a aujourd'hui.

Dans la société dans laquelle on vit, à l’heure des réseaux sociaux et de la téléréalité à foison, on est en plein égocentrisme ; on dit aux enfants « si ça ne va pas, va voir ailleurs ». Nous, nous disons : « si tu n’y arrives pas, attends, relève la tête, essaie et tu vas y arriver ». Je pense qu’en tuant le rêve dans l’œuf avec ces enfants, en leur faisant croire que tout est déterminé, on finit par en faire des robots, des frustrés, des aigris… Et en même temps, d’un autre côté, la téléréalité leur fait croire qu’il suffit d’être connu pour s’en sortir… Plus besoin de rêver… Ça c’est grave. Nous avons des générations entières, bercées par ces idées dangereuses, qui s’ennuient. Et quand on s’ennuie, on comble souvent le vide avec pas les bonnes choses. Ce que nous disons, nous, c’est que pour réussir, il faut rêver et se donner les moyens de construire les grandes boîtes pour y mettre nos grands rêves. Sans rêve il n’y a plus d’espoir et sans espoir, il n’y a pas d’évolution possible.

Quelle a été l'impulsion créatrice pour ce nouvel album ?

Shurik'N : L’impulsion résulte de près de 250 concerts après Arts Martiens. Autant de temps passé ensemble. Beaucoup d’idées de morceaux et de programmations de rythme sont nés de cette période de scène. A peine de retour, nous étions déjà impatients d’aller en studio. Quand c’est du plaisir, on a un autre rapport à la musique. Autant la scène a une dimension physique, viscérale, autant quand on est en studio, on est plus dans le cérébral, dans l’émotion, dans l’écriture.

C'est un album très riche, sur tous les plans. Si vous deviez le décrire en quelques mots ?

Shurik'N : Vu les temps, vu la conjoncture, on a besoin de dire « il faut y aller », « il ne faut pas baisser les bras ». Rêvolution véhicule avant tout une lueur d’espoir. A la fin de la tournée, on s’est dit que l’on avait envie de rebooster. Il y a beaucoup de morceaux où l’on essaie de faire passer des messages : oui, les choses sont telles qu’elles sont, mais on n’a pas d’autre choix que de faire appel à notre instinct de survie et à nos bons sentiments. Il ne faut pas avoir honte des bons sentiments, surtout maintenant, car on en manque cruellement.

Merci à Shurik'N, propos recueilli par notre journaliste Ophélie Nguyen.

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